INTERVIEW DE JACQUES TERME
A l’OCCASION DE LA PARUTION DE SON OUVRAGE
« MUTATIONS ET CRISES DANS L’EGLISE REFORMEE DE France »
Jacques Terme, pourquoi s’intéresser à la période 1960 -1970 ?
Parce que les années 1965-1975 représentent une période clé pour l¹histoire de l’Eglise réformée de France (ERF). Ce furent des années de crise et de mutations, des années bouillonnantes qui ont vu naître (et mourir) nombre d¹initiatives, un moment où déferlent des idées nouvelles !
Comment se manifeste ce bouleversement des idées ?
Le protestantisme français prend un tournant nouveau avec l¹émergence des théologies d’une « Eglise ouverte au monde ». Le synode national de l'ERF de Royans en 1968 remet en question la catéchèse traditionnelle et la première communion comme « rite de passage » avant l¹admission à la sainte cène. Il demande aussi un réexamen de la notion de paroisse. Les théologiens insistent sur la nécessaire mission de l’Eglise dans un monde où la chrétienté est morte : l’Eglise existe pour les autres et non pour une autosatisfaction religieuse !
Concrètement, quelles en sont les manifestations ?
C’est en 1965 que le synode national de l’ERF finit par décider (après en avoir discuté en 1935, en 1943 puis en 1949) d¹accueillir et d¹ordonner des femmes pasteurs ! On imagine aussi d’autres formes d’Eglises avec, par exemple, la création de "centres de rencontres" appelés à remplacer les paroisses traditionnelles. En 1969 sont créées de nouvelles grandes "Régions ERF" pour un meilleur mode de présence au monde. Des formes diversifiées (déconcertantes !) de culte sont proposées : cultes de partage, cultes d¹information. Sur le plan œcuménique, l'orientation politique du Conseil œcuménique des Eglises (COE), qui soutient les mouvements de libération du Tiers-monde, divise les paroissiens. Et les relations fraternelles voire chaleureuses qu’a entraînées le concile Vatican II, inquiètent les protestants qui craignent de disparaître.
Propos recueillis par Martine FLEUR |